Gamelin

Je suis le fils ténébreux de mille jambes qui craquent

hissé sur l’épaule d’un peuple majeur

Ma détermination est légende de ville en cent quatre-vingts chapitres

L’Émilie du Parc, la vivace, la gamelle

retient larmes acides de nuit en main tendue pouce/repousse

On ne tient à rien de plus qu’à la paupière de l’histoire

fil taiseux de la vérité

On ne tient à rien de plus qu’à la vigueur

qu’à l’orgueil légitime de la raison en soudaines facettes répandues

Toute loi qui bouge la démocratie traîne carnage

Toute cible publique traumatise le droit

Toutes conditions d’une secousse vraie ébranlent l’apathie, tout de suite

En foi de quoi en des termes judiciaires mineurs

le poème pénètre encore l’insoumis sans pathos

engolfe les coins, fait taire l’œil rougi du sadisme chronique

Sur tous les bancs payés traîne un livre de malaises

qu’il faut défaire avec la langue commune

En sacoche lourde d’avenir tanné, partons, là,

suçant nos souvenirs en dragées d’aujourd’hui

cassons poings portes les menaces de peurs, pancréas des masques

Notre corps est institut libre dans un état de détresse

Notre corps est tremplin des âges

Pas une personne de plus ne viendra remplir la piscine

où baignera bientôt le lendemain de nos convictions

Pas une personne de plus ne viendra écrire en colonnes

sur le récent temple de nos manifs de roc

Published in:Uncategorized |on mai 13th, 2012 |Réagir »

En 2000, après 292 jours de grève, les étudiants mexicains gagnent leur combat contre la hausse des frais de scolarité

Le 19 mars dernier, une étudiante de Concordia en linguistique, Yuliya Manyakina, prend le pari d’interroger le grand linguiste et activiste politique, Noam Chomsky, par courriel. Brandissant une belle audace elle lui demande son avis sur la grève étudiante du Québec. À sa plus grande surprise, Chomsky lui répond. Courte réponse de deux paragraphes, il lui apprend qu’il y a dix ans, au Mexique, un mouvement étudiant de grève a réussi à faire plier le gouvernement qui a dû retirer son projet d’augmenter les frais de scolarité. Le père de la grammaire générative clos son bref exposé en lui rappelant qu’imposer des frais de scolarité n’est jamais nécessaire et ressort d’un choix idéologique, que le piège de la dette est une bonne façon d’endoctriner, ou si l’on veut, de contrôler la population instruite.

Le mot a alors commencé à circuler dans les réseaux sociaux. L’argument porte. Mais je suis resté sur ma faim. De quelle grève mexicaine Chomsky voulait-il parler ?

Voilà ce que j’ai trouvé à ce sujet.

Tout a commencé à l’UNAM, l’Université Nationale Autonome de Mexico, en 1999. Célèbre pour le soulèvement fracassant de ses étudiants, en 1968, contre la tenue des Jeux olympiques dans la capitale. Grande université contestataire, l’UNAM semble être le fer de lance des combats sociaux de la nation mexicaine. Or donc, le recteur de cette grande institution,  Francisco Barnes de Castro, annonce en janvier 1999 qu’il va augmenter les frais de scolarité à 680 pesos par semestre (soit environ 68$ US). L’université est pratiquement gratuite au Mexique. Quelques sous sont exigés ici et là, mais dans les faits, la gratuité était théoriquement appliquée. Il faut savoir qu’un récent rapport de la Banque Mondiale indique que plus de 38 millions de Mexicains (soit 40% de la population) vivent avec moins de deux dollars par jour. Que cette augmentation drastique présageait le début d’un mouvement idéologique néolibéral qui allait certainement en imposer d’autres et ce, sachant que dans le troisième article de la Constitution de l’état mexicain il est bien stipulé que toute éducation donnée par l’état sera gratuite. Barnes contrevient à la constitution, mais garde le cap, impose ses vues, choisit la ligne dure.

Les étudiants lient cette volonté d’augmenter les frais de scolarité avec le désir du gouvernement Zedillo de l’époque de privatiser les services de santé ainsi que l’électricité.

Le 18 mars, plus de 100 000 personnes descendent dans la rue à Mexico et se rendent au Palais National, manifestant contre la privatisation de la société. Les étudiants marchent avec le peuple.

Sommé de se rétracter, Barnes répète son mantra. Les étudiants organisent alors un Conseil Général de Grève. La grève générale est votée le 20 avril 1999. Le conflit débute.

Une grande réunion a lieu le 24 avril, à l’UNAM, réunissant les représentants de quinze universités alliées. Le mouvement zapatiste et le syndicat des travailleurs de l’UNAM appuient spontanément la grève générale. L’opinion publique est conquise.

Mexico voit alors son territoire se paver de marcheurs convaincus. L’une des plus importantes manifestations, celle du 12 mai 1999, qui culmine à la grande place de la ville, le Zocalo, réunit plus de 100 000 personnes en faveur des revendications étudiantes.

Procédure étonnante, le Conseil Général de Grève organise, le 27 mai, un référendum populaire sur l’éducation publique gratuite, distribuant des bulletins de vote dans les parcs, à la sortie des stations de métro, dans les rues. Plus de 700 000 votes seront comptabilisés. Le résultat : plus de 89% des gens souhaitent que l’éducation publique reste gratuite.

Répondant à la vague d’appuis pour les étudiants, le 3 juin, Barnes propose que les frais de scolarité soient payés sur une base volontaire. Le Conseil Général de Grève rejette cette idée, prône la gratuité universelle.

Le conflit se poursuit, des rues du centre-ville de Mexico sont bloquées par les manifestants, le tout s’enlise, mais la persévérance et la détermination des étudiants viennent à bout, à tout le moins, du recteur de l’UNAM, qui démissionne de son poste, en novembre 1999.

Ayant cédé déjà sur plusieurs demandes des étudiants, Barnes s’incline quand ceux-ci, forts de leur succès, exigent encore plus de mesures pour garantir l’accessibilité à l’éducation.

Un nouveau recteur est nommé en janvier 2000. Le contentieux persiste. Le climat s’envenime. Un grand affrontement entre les forces de l’ordre et un groupe de manifestants sur le campus de l’UNAM se conclut par 632 arrestations, le 7 février 2000. Fin de la grève générale. La gratuité scolaire est reconduite. Le combat est gagné.

L’UNAM, qui existe alors depuis 89 ans, n’aura jamais vécu conflit étudiant plus long, plus harassant.

N’avons-nous pas une leçon à tirer de la formidable conviction de ces étudiants disposés à maintenir la grève coûte que coûte tant que leurs revendications n’aient pas été avalisées par le pouvoir ?

Il semblerait bien qu’ici, au Québec, on ait choisi d’étirer artificiellement le conflit avec les étudiants pour aller en élection sur cette question. Mais l’essoufflement tant claironné du mouvement étudiant ne semble pas avoir lieu. Leur détermination est intacte et l’indignation de leurs supporteurs persiste.

Mes références sont: rwor.org (revolutionary worker online) «Students strike in Mexico city» daté du 27 juin 1999; wsws.org (world socialist web site); le New York time web, article de Julia Preston daté du 8 juin 1999 «University officials yield to student strike in Mexico»; et l’article wikipédia «1999 UNAM strike».

Published in:Uncategorized |on mai 5th, 2012 |2 Commentaires »

En général, les poèmes de circonstance m’écoeurent

Mais qu’est-ce qu’il y a de plus que la circonstance depuis maintenant dix semaines, en quoi la réalité n’est-elle plus autre chose qu’une circonstance, qu’un abri mal fichu pour les espoirs louables, la guigne, la surdité et la mélancolie; les poèmes de circonstances me déplaisent, font la roue, enrégimentent, se taisent mal, mais je suis où au monde pour ne pas essuyer l’eau contaminée par l’uranium sur mes joues, sabrer chaque jour le champagne sans fêter aucune flaque glorieuse; la circonstance est désolante, alarmante, insidieuse, siège de tous les états, elle propulse au zénith les cordes de nos chants, fusées des silences, bombes de haine, rires complices de la décadence politique, nous sommes attaqués de toutes parts, yeux bandés, circonstance pirate.

Je baigne en constant désarroi de cornemuse Black Watch. Tout me rend nocturne. En général, les poèmes de circonstance m’écoeurent, mais je dévisse le robinet et m’abreuve à la fontaine scolaire, arrêtant à peine à la toilette, cherchant les bouteilles vides d’eau dans les autobus, les bacs, les assiettes dans les cafétérias, pour soulager ma vessie qu’on prend bien maintenant pour n’importe quoi. Le monde est devenu flou, une veillée de pancartes aléatoires sur des bouches gigognes. La lumière se déshabille partout, paie son tribut en humiliation de circonstance, en attroupement illégal, puzzle d’agents provocateurs.

Mille soldats caucasiens en Vikings rassis animent la circonstance. Mille blessures monétaires circulent dans les rues. Mille désarrois profonds s’affichent sur les blogues, dans les journaux. Qui joue encore à Hunger games avec notre futur ? Qui choisit maintenant les candidats des districts ?

Mais je n’aime pas les poèmes de circonstances qui posent des questions. Nous n’écrivons pas pour lancer des briques, mais pour étayer quelque chose du présent, diluer nos offenses et portager le reste.

En cent secousses de puissantes montées d’humeur, mes yeux ont dévoyé le spectacle. La circonstance déplace tout, range mal. En marchant dans les rues de Montréal le 11 avril, le 20 avril, le 25 avril au soir, tambour au fourreau, des champs de bataille de luttes sociales se sont enfumés dans mon réservoir/organe. Je cherche avec vous l’issu. J’écoute les personnalités qui proposent des oracles. Je reste attentif. Je vomis sur le machiavélisme électoral.

En général, les poèmes de circonstances m’écoeurent. Ils sont un symptôme. L’appel du corps qui ressent des élancements sociaux. J’en ai plein les muscles et ma tête se perfuse.

Mes yeux rougissent et ma gorge s’irrite. Mais je reste dans la circonstance, en me beurrant de poèmes qui m’écoeurent. Parce que l’aberration de nos dirigeants et plus écoeurante que tout poème de circonstance gras. Parce que répéter depuis plus de soixante-dix jours des injures sophistiquées à quelques personnes derrière des murs sourds, ça rend plus sourd que n’importe quel avion de chasse. Par principe. Par solidarité. Par amour. Je continue à mâcher de la circonstance, sous forme de poème, extrayant la colère au fond de mon regard miné, avalant les morceaux de négociation et raclant les jours en bâtonnets durs sur le Palais des congrès de Kafka.

22 avril 2012

Bertrand Laverdure

Published in:Uncategorized |on avril 25th, 2012 |Réagir »
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